dimanche 1 juin 2008

La théorie du travail privilège

Aujourd'hui, il semble de plus en plus net qu'il n'y a, dans nos pays riches et développés, tout simplement pas assez de travail pour tout le monde, mathématiquement. Dès lors, pourrait-on considérer une situation de RMIste comme "normale", qui en plus des 600 et quelques euros par mois octroie des aides telles que aide au logement, exonération d'impots, transports en commun gratuits, etc. A tel point, qu'il arrive parfois qu'une personne gagne plus en restant au RMI qu'en acceptant un travail au SMIC, qui lui fera perdre l'aide au logement, la gratuité des transports et lui coûtera divers frais en plus, tels que repas à l'extérieur chaque jour.

Malgré le caractère choquant qu'il y aurait à trouver "normale" une situation de RMIste (payé à rien faire), cela pourrait bien avoir un sens au regard du trop grand nombre de candidats par rapport au travail disponible et, autre paramétre capital, du principe de la société de consommation dans laquelle nous vivons. Principe qui est que pour que cela fonctionne, il faut qu'un maximum de gens consomment les biens et services produits par les entreprises.

Or, pour consommer, il faut de l'argent. Ainsi, l'argent donné à ceux qui n'ont pas de travail, aurait pour vocation d'être dépensé afin de maintenir les bénéfices des entreprises et aussi les revenus octroyés à l'état par la TVA et les taxes sur lesdits bénéfices. De l'argent qui tourne en boucle en quelque sorte, mais qui permet à tout citoyen de vivre même sans travail et aux entreprises de continuer à vendre même dans un monde où il n'y pas assez d'emplois pour chacun.

Dès lors, avoir un travail deviendrait un privilège, que les citoyens seraient libres de convoiter ou non, selon qu'ils jugent plus important d'avoir plus de temps libre ou plus d'argent. Avec une installation progressive du système, cela semble pouvoir fonctionner, mieux en tout cas qu'une lutte sans fin pour un plein emploi de plus en plus illusoire.

Tout cela comporte cependant au moins un écueil assez évident : la démotivation des jeunes à l'école. Pourquoi apprendre si on a choisi d'être un consommateur sans travail dès que possible ? Il faudrait dès lors revoir les discours officiels, en recentrant l'intérêt de l'école non plus sur "avoir un travail plus tard", mais sur l'importance du savoir pour maîtriser son destin, à commencer - de façon très terre à terre - par la capacité à bien connaître ses droits et faire face aux subtilités de l'administration.

A vrai dire, ce système du travail privilège existe déjà, et fonctionne, mais ne dit pas son nom. Tout simplement parce qu'il est largement inacceptable moralement, du moins au regard de la morale qui est celle de nos sociétés depuis un bon moment. La vraie révolution qu'il y aurait à le reconnaître "officiellement" serait qu'on cesserait de lutter contre, pour au contraire l'organiser au mieux pour tous.

Au final, on peut se demander s'il n'est pas le moins mauvais choix pour faire face à la dynamique de surpopulation et de baisse du travail disponible qui est celle des pays riches et développés depuis maintenant plus de 60 ans et la fin du dernier grand conflit mondial.

Voilà, c'est ce qui m'est venu à l'esprit en discutant avec quelques personnes de mon entourage qui sont dans des situations de RMI ou d'emplois précaires pas forcément plus intéressantes financièrement que ledit RMI. J'imagine que certains ne verront qu'aberration en lisant cette théorie, mais plutôt que de l'indignation bien pensante, je serais curieux d'entendre des arguments précis qui expliquent en quoi cela ne pourrait pas réellement fonctionner de façon durable et sereine.

6 commentaires:

Blog l'éponge a dit…

Je suis très d'accord mais juste deux précisions : le RMI c'est pas 600 et quelques euros mais 447,91 euros pour une personne seule (ça augmente si l'on est en couple ou qu'on a des gosses). Et le montant du RMI baisse quand on touche également une aide au logement.

Sax Power a dit…

Ah ok. Quelqu'un d'autre m'avait dit 600 et des... + aide au logement, mais bon, peut-être était-il dans une situation particulière.

C'est cool que tu sois d'accord, d'ailleurs d'autres gens à qui j'en ai parlé semblaient plutôt ok aussi.

En fait non c'est pas cool, je voulais un débat acharné, une lutte verbale à mort !!! ;)

Mais bon, si ça semble ok à diverses personnes, peut-être que la société française finira par être prête à voir les choses comme ça.

Blog l'éponge a dit…

Je sais pas si tu connais Pierre Carles mais il a réalisé deux films sur un thème au fond assez similaire à ce que tu développes : Attention danger travail et Volem rien foutre al païs. Docus très intéressants, je recommande ;o)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Attention_danger_travail

http://fr.wikipedia.org/wiki/Volem_rien_foutre_al_pa%C3%AFs

Sax Power a dit…

Ben en fait ouais, en cherchant une illu pour mon article, j'ai tapé "chômeur heureux" et je suis tombé sur des trucs concernant son film "Attention danger travail". Effectivement, ça corrobore bien ce que je raconte. Merci pour ces liens en tout cas.

AngelSan a dit…

questions: et si on tombe gravement malade, qu'on doit payer des operations, etc... ?

Et pour les gosses?

Car si le systeme marche bien pour certains, pour d'autres... c'est pas la peine. On passe vite dans la tranche de "a pas droit aux aides".

Ou, voici un cas choquant du systeme: ma collegue a eu un boulot a Toulouse, ou elle commence en septembre, mais comme elle ne peut pas produire 1 an de salaire ou un garant (qui doit avoir un salaire 4 fois la somme du loyer), elle va se retrouver sans logement alors qu'elle a un salaire !!!!

N'importe quoi...

San, future chomeuse

Sax Power a dit…

Si on tombe malade ou autre, il y a des aides prévues pour soutenir ceux qui n'ont pas les moyens de payer.

Pour les gosses, le RMI augmente en fonction de leur nombre. On peut toucher jusqu'à 1100 euros net si on a 3 enfants.

Le cas de ta collègue montre juste que le système n'est pas reconnu comme "normal" et que donc les logeurs n'accordent pas assez de crédit aux bénéficiaires d'aides sociales. D'où l'intérêt d'envisager le Travail Privilège comme une nouvelle donne sociale, quitte à légiférer pour éviter toute tentation d'exclure les non travailleurs.